En 2024, 92,4% de l’électricité produite à La Réunion provenait de sources renouvelables. C’est un record parmi les territoires français non interconnectés, devant la Guyane, la Corse, la Guadeloupe et la Martinique. On pourrait s’arrêter là et se dire que le sujet est réglé. Sauf que l’électricité ne représente que 21,7% de l’énergie totale consommée sur l’île. Le transport, routier, aérien, maritime, en pèse à lui seul 63,3%, et concentre l’essentiel des émissions de CO2 du territoire.

C’est cet écart entre ce qu’on croit savoir et ce que disent réellement les chiffres qui m’a donné envie de créer Énergie à La Réunion, un site de datavisualisation que j’ai conçu et développé de mon côté, sans commande.

Pourquoi j’ai créé ce site

Je vis et je travaille à La Réunion depuis des années, comme développeur et comme formateur. Le sujet de l’énergie me touche depuis longtemps, autant par curiosité personnelle pour les sciences de la Terre que par métier : construire des outils numériques utiles.

Ce projet n’a pas de client. Personne ne me l’a commandé. Il est né d’un constat simple : les données sur l’énergie réunionnaise existent, elles sont publiques, sérieuses, bien documentées par l’Observatoire Énergie Réunion et EDF. Mais elles restent enfermées dans des rapports PDF de plusieurs dizaines de pages, peu accessibles au grand public. J’ai voulu leur donner une forme que n’importe qui peut parcourir en quelques minutes, sans expertise préalable, sans y passer des heures.

Le vrai chiffre qui change tout

Le réflexe le plus courant, quand on parle d’énergie à La Réunion, est de citer le pourcentage d’électricité renouvelable. Ce chiffre est réel et il est bon. Mais il ne raconte qu’un tiers de l’histoire.

L’énergie finale consommée sur l’île se répartit en réalité ainsi : le transport en absorbe près des deux tiers, l’électricité un cinquième, et le reste se partage entre carburants et combustibles hors transport, et chaleur. Autrement dit, le territoire a fait un travail remarquable sur son électricité, mais l’essentiel de sa dépendance aux énergies fossiles se trouve ailleurs, sur les routes, dans les avions, sur les bateaux. C’est un angle mort presque absent du débat public local, alors qu’il concentre l’essentiel des émissions de CO2 de l’île.

C’est ce déplacement de regard, de l’électricité vers l’énergie dans son ensemble, que le site essaie de rendre visible.

Ce que le site raconte, acte par acte

Énergie à La Réunion se parcourt comme un récit, en scrollant, à travers huit actes qui partent du constat général pour aller vers des sujets plus précis.

Le premier acte pose la répartition réelle de l’énergie consommée sur l’île, la statistique qui sert de fil rouge. Suivent l’histoire du mix électrique réunionnais depuis les années 2000, puis un passage par le Grand Port Maritime.

Le point d’entrée unique des importations

La quasi-totalité de l’énergie fossile consommée à La Réunion transite par un seul point d’entrée physique, le port de La Pointe des Galets. Voir ce goulot d’étranglement représenté concrètement change la perception qu’on a de la dépendance énergétique de l’île, ce n’est plus une statistique abstraite mais un lieu réel, traversé chaque jour par des tankers.

Le parcours se poursuit avec le potentiel renouvelable local encore sous exploité, puis une zone plus ambiguë : la biomasse importée, dont une partie du bois brûlé dans les centrales locales vient de l’autre bout du monde.

Le Pétrel de Barau, victime collatérale de l’éclairage public

Un des actes s’écarte volontairement du sujet strictement énergétique pour parler du Pétrel de Barau, un oiseau marin endémique de La Réunion, classé en danger. Chaque année, de jeunes individus s’échouent en ville, désorientés par la pollution lumineuse. Le lien avec l’énergie est direct : les choix d’éclairage public sont eux aussi des décisions énergétiques, et elles ont des conséquences écologiques concrètes et mesurables, documentées par la SEOR (Société d’Études Ornithologiques de La Réunion).

Les deux derniers actes traitent de la précarité énergétique des ménages, un sujet social trop souvent absent des discours sur la transition, et des projets qui redessineront le mix énergétique de l’île d’ici 2033.

Sur l’ensemble du site, chaque donnée affichée est sourcée et datée. Une partie tourne même en direct : le mix électrique et la météo de l’île sont actualisés toutes les quinze minutes, via l’API EDF Open Data et Open Meteo.

Comment le site a été construit

Techniquement, le site est développé en SvelteKit, avec du SVG pur pour toutes les visualisations, sans librairie de dataviz tierce. Il est généré en rendu statique, ce qui garantit des temps de chargement rapides malgré le nombre de graphiques et d’animations.

La phase de conception visuelle est passée par Claude Design, pour prototyper les neuf écrans du site avant tout développement. L’assemblage technique et le branchement des API réelles ont ensuite été réalisés avec Claude Code. Cette manière de travailler, où l’intelligence artificielle amplifie le travail de conception et de développement plutôt qu’elle ne le remplace, est celle que j’applique désormais sur l’ensemble de mes projets, personnels comme clients.

Un projet open source

Le code source d’Énergie à La Réunion est public, publié sous licence MIT sur GitHub. N’importe qui peut consulter la manière dont le site a été construit, réutiliser des parties du code, ou proposer une amélioration. C’est une manière de prolonger la logique de transparence du projet jusqu’au code lui-même, pas seulement jusqu’aux données affichées.

Pour aller plus loin

Ce site ne cherche pas à remplacer les portails institutionnels existants. L’Observatoire Énergie Réunion et EDF Open Data restent les sources de référence sur le sujet. Énergie à La Réunion essaie simplement de mettre ces données en récit, pour qu’un sujet aussi central pour l’avenir de l’île devienne lisible par le plus grand nombre.

Le site est accessible gratuitement à l’adresse energie974.re. Si vous avez, vous aussi, un sujet complexe à raconter à travers des données, c’est exactement le type de projet qui m’intéresse, n’hésitez pas à me contacter.

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